Il y a des voyages où l’on revient avec des photos. Et puis il y a les Canaries, où l’on revient avec du sel dans les cheveux, les épaules en feu et cette étrange impression d’avoir laissé une partie de soi dans une mousse blanche à l’autre bout de l’Atlantique.
Pour le surf, l’archipel espagnol coche beaucoup de cases : températures clémentes toute l’année, houle régulière, paysages volcaniques, vols relativement accessibles depuis la France et une incroyable diversité de spots. En revanche, les Canaries ne sont pas toujours le terrain de jeu tranquille vendu sur les cartes postales. Les rochers volcaniques coupent, les courants poussent fort et certains pics ne pardonnent pas les approximations.
Voici mes meilleurs coins pour surfer aux Canaries, avec mes conseils pour préparer un séjour sportif qui ne se transforme pas en stage accéléré de premiers secours.
Pourquoi choisir les Canaries pour un surf trip ?
L’archipel est souvent surnommé le « Hawaï de l’Atlantique ». L’expression est un peu ambitieuse, mais elle n’est pas totalement usurpée. Les îles reçoivent des houles venues de l’Atlantique Nord, particulièrement régulières entre l’automne et le printemps. Les alizés, eux, peuvent offrir des conditions propres sur certains versants, tandis que les températures permettent de surfer sans combinaison intégrale la majeure partie de l’année.
Chaque île possède son caractère. Fuerteventura séduit par ses longues plages et son ambiance surf décontractée. Lanzarote impressionne avec ses paysages lunaires et ses vagues puissantes. Tenerife propose une belle variété de spots, entre plages volcaniques et reef breaks. Gran Canaria joue la carte de la polyvalence, avec des vagues pour débuter mais aussi des tubes sérieux pour les surfeurs expérimentés.
Le vrai luxe, c’est de pouvoir changer de côte en fonction du vent et de la houle. Quand un spot devient brouillon, il suffit parfois de rouler vingt minutes pour trouver une baie mieux protégée. Enfin… quand on ne se trompe pas de route au milieu d’un champ de lave. Ce qui m’est arrivé. Deux fois.
Fuerteventura : l’île parfaite pour progresser
Fuerteventura est probablement l’île la plus simple pour organiser un premier surf trip aux Canaries. Les plages sont nombreuses, les écoles bien implantées et les niveaux de pratique très variés. Le nord, autour de Corralejo, concentre plusieurs spots réputés, tandis que la côte ouest offre des vagues plus sauvages et souvent plus puissantes.
El Cotillo est un excellent point de départ pour les débutants lorsque les conditions restent modérées. Les plages de sable permettent de limiter les mauvaises surprises au moment de la chute. La houle peut toutefois rentrer franchement, surtout en hiver. Il faut donc observer avant de se mettre à l’eau et éviter de confondre petite taille apparente et facilité réelle.
À quelques kilomètres de Corralejo, les plages de la côte nord proposent aussi de belles options pour les niveaux intermédiaires. Certaines sections fonctionnent mieux à marée basse, d’autres deviennent plus agréables lorsque la marée remonte. Les fonds alternent entre sable et roche : renseignez-vous localement avant de choisir votre mise à l’eau.
La côte ouest, vers La Pared ou Esquinzo, offre une ambiance plus brute. Les falaises, le vent et l’océan ouvert donnent immédiatement le ton. Ici, il faut être autonome, savoir lire une plage et accepter de renoncer si les conditions dépassent son niveau. Une règle simple : si vous restez dix minutes sur le parking sans réussir à comprendre où sont les courants, ne vous précipitez pas à l’eau.
Fuerteventura est aussi une bonne destination pour combiner surf et activités outdoor. Randonnée dans les volcans, VTT sur les pistes poussiéreuses, paddle dans les zones abritées : les journées peuvent facilement finir avec les jambes en compote. Prévoyez une journée calme de temps en temps. Le corps n’est pas une planche de surf, il ne se répare pas avec de la wax.
Lanzarote : puissance volcanique et vagues exigeantes
Lanzarote a quelque chose de presque irréel. Les routes traversent des paysages noirs, les montagnes semblent sorties d’une autre planète et l’océan vient frapper les falaises avec une énergie peu diplomatique. C’est une île magnifique, mais elle s’adresse plutôt aux surfeurs ayant déjà de bonnes bases, en particulier lorsque la houle de nord-ouest entre franchement.
Famara est le spot incontournable de l’île. Cette immense plage bordée de falaises offre plusieurs peaks et une atmosphère très agréable. Les débutants peuvent y trouver des zones adaptées lorsque les vagues restent petites. Le problème, c’est que Famara peut rapidement devenir puissant et désordonné. Les courants latéraux sont parfois marqués, notamment lorsque la houle grossit.
Le village est idéal pour poser ses valises quelques jours. On y croise des surfeurs de tous horizons, des vans couverts de sel et des terrasses où l’on refait sa session en exagérant légèrement la taille des vagues. La règle non écrite : celui qui raconte l’histoire la plus spectaculaire paie les cafés.
Pour les pratiquants confirmés, Lanzarote regorge de reef breaks réputés autour de La Santa, San Juan ou El Quemao. Ces vagues cassent sur des fonds volcaniques peu accueillants. Elles peuvent être magnifiques, rapides et creuses, mais elles exigent un très bon niveau technique, une connaissance précise du spot et une vraie capacité à gérer la pression.
Je déconseille clairement ces vagues à un surfeur intermédiaire qui veut « tenter pour voir ». Sur un reef volcanique, voir devient parfois très vite saigner. Les locaux connaissent les chenaux, les rochers et les horaires de marée. Prenez le temps d’échanger avec eux, ou faites appel à un guide local.
Tenerife : le meilleur compromis entre surf et découverte
Tenerife est la plus grande île des Canaries et probablement l’une des plus polyvalentes. On peut y surfer, randonner dans le parc national du Teide, explorer les villages du nord et profiter d’une vie urbaine plus animée que sur Fuerteventura ou Lanzarote.
La côte sud, notamment autour de Las Américas, concentre plusieurs spots accessibles aux surfeurs intermédiaires et confirmés. Les vagues y sont régulières, mais les pics peuvent être fréquentés. La patience et le respect des priorités sont indispensables. Arriver avec l’idée de prendre toutes les vagues parce qu’on a loué une planche pour la semaine est le meilleur moyen de se faire rappeler les règles locales.
Las Américas propose plusieurs reef breaks de qualité, mais certains sont rapides et techniques. Le fond rocheux impose de maîtriser ses trajectoires et ses sorties de vague. Les débutants auront intérêt à se tourner vers une école et à choisir une plage plus tolérante, plutôt que de suivre aveuglément les surfeurs qui passent avec une planche fine sous le bras.
Le nord de Tenerife, vers Puerto de la Cruz et les environs, offre des conditions plus sauvages. Les paysages sont superbes, les vagues peuvent être sérieuses et l’ambiance moins tournée vers le tourisme balnéaire. C’est une bonne zone pour celles et ceux qui cherchent une expérience plus locale, à condition de bien se renseigner sur les accès et les courants.
Mon conseil pour Tenerife : louez une voiture si vous souhaitez explorer plusieurs zones. Les distances ne sont pas énormes sur une carte, mais les routes montagneuses peuvent transformer un trajet de trente kilomètres en véritable aventure. Et après une session, conduire en combinaison humide avec du sable partout est une expérience qui forge le caractère… ou donne simplement envie d’acheter des housses de siège.
Gran Canaria : des spots pour presque tous les niveaux
Gran Canaria est souvent sous-estimée par les surfeurs qui se dirigent directement vers Fuerteventura ou Lanzarote. Pourtant, l’île offre une grande diversité de conditions, notamment autour de Las Palmas et sur la côte est.
Las Canteras, en pleine ville de Las Palmas, est un spot emblématique. La plage est protégée par une barrière naturelle qui peut rendre les conditions plus accessibles lorsque la houle n’est pas trop forte. C’est un endroit pratique pour débuter, prendre quelques cours ou surfer entre deux visites urbaines.
Plus au sud, certaines plages comme San Agustín ou les secteurs proches de Maspalomas peuvent fonctionner selon les conditions. Les vagues y sont parfois plus adaptées aux niveaux intermédiaires, mais il faut surveiller le vent et les courants. Comme partout aux Canaries, un spot magnifique sur une photo peut être totalement impraticable le jour de votre arrivée.
Gran Canaria possède également des vagues puissantes sur ses côtes exposées. Les surfeurs confirmés y trouveront des sections rapides et techniques, mais la présence de rochers et la fréquentation demandent une vraie maîtrise. Si vous avez le moindre doute, observez longuement avant d’entrer dans l’eau. Dix minutes d’observation peuvent éviter une heure de lutte inutile.
Quelle est la meilleure période pour surfer aux Canaries ?
Les Canaries se surfent toute l’année, mais les conditions changent nettement selon les saisons.
- D’octobre à avril : c’est généralement la période la plus intéressante pour les houles atlantiques. Les vagues peuvent être consistantes, voire puissantes. C’est le meilleur moment pour les niveaux intermédiaires avancés et les experts.
- De mai à septembre : les conditions sont souvent plus douces et plus adaptées aux débutants, même si la houle reste variable. Les plages peuvent être davantage fréquentées pendant les vacances.
- En été : les alizés peuvent renforcer le vent sur certaines côtes. Il faut parfois se lever tôt pour profiter d’une mer plus propre.
La température de l’eau oscille généralement autour de 19 à 23 °C selon la saison et l’île. Une combinaison de 3/2 mm convient souvent, tandis qu’un shorty peut suffire en été pour les moins frileux. Personnellement, je préfère une 3/2 mm toute l’année : je suis peut-être robuste dans les montées de col, mais dans l’eau froide, je redeviens immédiatement un mammifère plaintif.
Les conseils indispensables avant de partir
Choisissez votre île selon votre niveau. Pour un premier séjour, Fuerteventura et certaines zones de Gran Canaria sont particulièrement pratiques. Lanzarote et les reef breaks de Tenerife s’adressent davantage aux surfeurs autonomes et expérimentés.
Consultez les prévisions, mais ne leur faites pas une confiance aveugle. Regardez la taille de la houle, sa période, la direction du vent et les coefficients de marée. Une houle de deux mètres avec une longue période peut produire des vagues bien plus puissantes qu’une petite houle rapprochée.
Repérez le spot avant de surfer. Cherchez les zones de sortie, les courants, les rochers affleurants et les éventuels chenaux. Observez les surfeurs déjà à l’eau. S’ils rament tous dans la même direction pour revenir au large, ce n’est probablement pas une chorégraphie improvisée.
Respectez les priorités. Une vague par personne, pas de départ sur l’intérieur d’un autre surfeur, pas de remontée au pic en travers de la trajectoire. Ces règles sont universelles, mais elles deviennent particulièrement importantes sur les spots fréquentés.
Protégez-vous du soleil. Le vent donne une fausse impression de fraîcheur. Crème solaire résistante à l’eau, casquette, lunettes et hydratation sont indispensables. Ajoutez un stick solaire pour les lèvres : le nez rouge façon tomate cuite n’a jamais amélioré une photo de surf.
Louez le bon matériel. Une planche légèrement volumineuse vous permettra de prendre davantage de vagues et de progresser plus vite. Pour un séjour court, mieux vaut surfer beaucoup sur une planche adaptée que passer la moitié du temps à ramer sur un modèle trop technique.
Organiser un séjour sportif sans perdre le plaisir
Je conseille de prévoir au moins cinq ou six jours sur place pour profiter réellement de l’île. La météo, le vent, la fatigue et les jours sans houle font partie du jeu. En réservant un programme trop serré, on finit par surfer dans n’importe quelles conditions simplement parce qu’une session était prévue au calendrier.
Alternez les journées de surf avec de la randonnée, de la mobilité ou une sortie tranquille. Les paysages volcaniques sont exceptionnels et méritent mieux qu’un simple trajet entre l’appartement et le parking du spot. À Lanzarote, une randonnée dans le parc national de Timanfaya change complètement la perspective. À Tenerife, le Teide rappelle que la nature sait aussi envoyer du lourd sans produire la moindre vague.
Enfin, gardez de la souplesse. Le meilleur spot du séjour ne sera peut-être pas celui repéré six mois avant le départ. Il peut se trouver derrière une route poussiéreuse, au bout d’un sentier mal indiqué, avec trois personnes à l’eau et une lumière dorée qui transforme l’Atlantique en métal liquide. C’est souvent dans ces moments-là qu’un surf trip prend une vraie saveur.
Les Canaries offrent assez de vagues, de relief et de caractère pour satisfaire toutes les envies : apprendre, progresser, chercher le tube parfait ou simplement passer une semaine dehors, les pieds dans le sable et la tête dans les nuages. Partez préparé, restez humble face à l’océan et laissez-vous guider par les conditions. Le reste, comme toujours en surf, appartient à la marée, au vent et à une bonne dose de chance.

